La trompette

La télévision déversait son fouillis
habituel de nouvelles aventures. L’homme affalé dans son fauteuil
devant le poste ne prêtait plus attention et changeait de chaîne de
temps à autre. Plus par automatisme que par réelle volonté.
Parfois, il s’arrêtait devant un acteur ou une scène qu’il avait
déjà vu.

L’homme allait reprendre la
télécommande en main quand la sonnette le sorti de son ivresse mal
cuvée. Il tourna sa tête en direction de l’entrée, et la sonnette
retenti à nouveau pour montrer l’empressement de la personne
derrière la porte. Il n’avait cependant aucune intention de se lever
et encore moins d’ouvrir à qui que ce soit.

Cela faisait maintenant cinq jours
qu’il n’avait pas quitté son appartement crasseux. Une pile de
carton de pizza se dressait non savamment à la droite de son
fauteuil. A droite encore de cette tour cartonnée, se trouvait la
seule et unique fenêtre de la pièce. Un vieux rideau bleu pâle
empêchait le peu de lumière entrante de gêner l’homme qui, à
cette heure, avait le soleil couchant dans les yeux.

A force d’appuyer, il se fatiguerait,
bien se dit-il.
Mais l’incessante sonnette sonna encore et encore.
La décision fut rapide : monter le volume de télévision, et enfin,
il n’entendrait plus que son programme. Apaisé, il se laissa glisser
dans un demi sommeil. Sommeil qui ne fut que de courte durée. Un
coup de tonnerre fit trembler l’appartement du sol au plafond. La
télévision tomba par terre, la vitre de la fenêtre vola en éclat
laissant entrer un vif courant d’air qui balaya le rideau bleu et la
tour de carton. L’homme voulu se lever, mais son corps ne l’écoutait
plus. Le ciel dehors s’assombrissait, de même que l’expression sur
son visage, sur lequel on pouvait maintenant lire de la peur.

Un second coup de tonnerre claqua,
similaire au premier, avec son lot de cauchemars. Le miroir de
l’entrée s’effondra dans un silence incroyable en comparaison à
l’empreinte sonore marquée par les deux premiers éclairs. La
fenêtre hurlait à la mort, et l’homme au désespoir, accompagnée
dehors par une danse funèbre et humide. Quant arriva un grondement
annonçant le dernier coup de tonnerre comme autant de trompettes
chargées d’escorter un cortège impérial, l’homme qui avait réussi
à s’appuyer sur ses pieds retomba aussi vite dans son fauteuil,
terrifié.

La pièce était plongée dans
l’obscurité et pendant un court instant, un doux silence conquit
l’espace. Le grincement de la porte vint rompre cette soudaine tranquillité,  et alors que l’homme se retournait à nouveau en
direction de l’entrée, un flash bref mais intense envahi le petit
hall soulignant la porte grande ouverte et fut rapidement suivit du
troisième coup de tonnerre comme pour en finir avec les nerfs du
pauvre homme maintenant plus pâle que son rideau.

La télévision
déversait son fouillis habituel de nouvelles aventures. L’homme affalé
dans son fauteuil ne s’était pas levé depuis cinq jours. Les éclats de verre brisé gisaient au pied du rideau bleu pâle. L’inspecteur n’avait aucune explications pour la vitre brisée au cinquième étage ne donnant sur rien d’autre qu’un jardin quelques mètres plus bas. Et encore moins pour la trompette ensanglantée posée aux pieds du corps immaculé du résidents décédé.

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