Je cherche l’instant présent

La machine à laver tombe en
panne
Quinze années de bons et loyaux services
Il est temps de
nettoyer les taches
Les parfums passés, les idées qui
fâchent

Il est temps me dit-elle, temps de
partir, partir loin. De réunir les anciens, et demander conseil

J’ai arrêté la tondeuse. Je coupe
l’herbe à la faucille, centimètre après centimètre. Depuis, j’ai
découvert le silence. Un silence sans attente, qui se vit, seconde
après seconde. Une fourmilière s’affaire après mon passage,
retrouver les œufs, les mettre à l’abri, plus bas. Je suis désolé.
Désolé d’avoir perturbé cette société et désolé de
m’émerveiller de leur sauvetage. Un escargot qui se cache dans un
creux entre deux souches, se décide à bouger, voyant que j’ai
détruis tous ses volets, dorénavant, il aura la lumière directe.
Un chat, sans un bruit, dépose une patte après l’autre pour se
rendre à son endroit favoris peut être, jusqu’à ce qu’il capte cet
humain anormal, à quatre pattes en train de brouter l’herbe, comme
le ferait un bovidé dans le champs d’à coté. “ Ouf, sauvé,
il ne m’a pas vu, ” se pense-t-il ne car je ne réagis pas,
puis il cours plus vite que son ombre pour bondir par dessus la
clôture. Il reviendra et moi aussi. Je le reverrai et lui aussi. Et
comme à chaque fois, comme deux étrangers, on ne se dira ni
bonjour, ni au revoir.

Enfin, je me coupe l’index, le sang
coule sur le bout de mon doigt. D’un rouge enthousiaste, il est prêt
à coaguler. Le temps passe et la plaie se referme. Aujourd’hui une
cicatrice l’a remplacée. Je n’ai pas tâché mes vêtements. Tant
mieux, car la machine à laver est en panne.

Je passe automatiquement par là pour
sortir de chez moi. Cette pièce qui amasse toute sorte de chose.
Allant de déchets de bricolage aux déchets de cuisines. Ces
derniers, j’essaie de les emmener au jardin, aussi souvent que je
peux m’en rappeler. Depuis longtemps, cette pièce n’est plus une
pièce, mais un long couloir dont déborde mon conditionnement
d’adolescent irresponsable. C’est pas faute d’avoir essayé, plus
jeune, quand ma mère me le demandais. Mais non, le jeu était plus
intéressant. Ce n’est qu’aujourd’hui, car je vis seul, que je peux
voir l’importance d’un espace dégagé et sain. Il est grave, devant
se constat, de réaliser mon impuissance à changer radicalement.

Accepter. Je dois accepter. Je dois y
aller pas à pas, étape par étape. Dire au revoir à mon
conditionnement. Merci pour ces quinze années de bons et loyaux
services, aujourd’hui je souhaite vivre ma vie, sans toi.

En déplaçant des meubles, je retrouve
de l’espace. Une nouvelle place pour accueillir. Pour installer
d’autres mécaniques, un nouveau conditionnement. Je m’assieds.
J’observe. Je fixe attentivement. Je sais que ça ne restera pas
comme ça longtemps. Que ma motivation va retomber. J’essaie d’y
croire, mais l’ancien conditionnement est comme une tâche qui refuse
de s’effacer. La clé est là. Il est temps de nettoyer les tâches.
Ou d’abandonner leur entière existence

J’ai sommeil. J’ai sommeil quand
j’essaie de penser à tout ça. Mon conditionnement n’est pas
stupide, autant m’endormir plutôt que de discuter. C’est plus facile
de m’embrouiller, plutôt que lui, se remettre en question. Il est
comme le parfum d’une personne que l’on croise dans la rue et qui
s’accroche contre notre gré. Je suis pour lui une idée qui fâche.
Chaque jour un peu plus. Mais contrairement à mon conditionnement,
je ne suis pas une tache. Et même si je l’étais, ce n’est pas de
bol, la machine à laver est en panne.

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