6 lignes – Jour 52

amorcepour6lignes:

Le temps était passé.

Le temps était passé. Elle ne souhaitait plus s’asseoir, ni attendre. Elle quitta la bibliothèque et retrouva le dehors. Les arbres aux feuilles tombées l’inspirait bien plus que les livres aux feuilles ordonnées. Ces pages par centaines, tournées, retournées, lui donnait la nausée. Jour après jour, pourtant, elle s’y confrontait, replongeant dans son travail. Elle étudiait l’évolution du caractère, des
réactions inappropriées aux
paroles irréfléchies qu’on regrette rapidement.

Le temps était passé. Il était fatigué, et ne voulait pas s’asseoir. C’est son collègue de chambre qui l’avait incité à venir. Si vraiment au bout d’une vingtaine de minutes il n’y trouvait pas son compte, Martin lui avait promit qu’ils  se trouveraient un banc dans le parc à coté. Même si en cette période, le froid brûlait presque toutes les gorges, Romain préférait cela, de loin, à la froideur du savoir compilé en masses abstraites que formait pour lui cette bibliothèque.

Le temps était passé. Et pour Romain, et pour Pauline, le chant du vent avait bien plus de caractère que le nuancier en tond de gris des murs du vieux bâtis qu’ils venaient de quitter. Si l’un voyait dans cette échappée un air de liberté, l’autre savait qu’il n’y mettrait plus les pieds considérant l’utilité plus qu’absurde que pourrait avoir pour lui ces sinistres rayonnages. Jamais il ne consulterait L’Histoire de Belgique ou Morale catholique et questions sociales d’aujourd’hui.

Le temps était passé. Et Maurice était assis, comme chaque jour, sur le banc juste en face de la bibliothèque universitaire. Il regardait le monde avancer comme un train quitte la gare, à heure fixe, ou presque. Il avait toujours avec lui un journal qu’il ne lisait pas. C’était juste pour se donner bonne conscience, avoir l’impression de savoir ce qu’il se passait un peu plus loin de chez lui. Ce qui l’animait vraiment, c’était les gens. Les gens du parc tout particulièrement.

Le temps était passé. Le banc devant la bibliothèque universitaire était particulièrement convoité. Entre le vieux Maurice qui s’y asseyait chaque jour depuis vingt ans, Romain et Martin qui cherchaient l’inspiration pour une histoire et Pauline qui songeait à sa thèse, il n’était pas déraisonnable de se demander comment en un si court instant, cet endroit avait laissé place à un rassemblement si massif qu’il était désormais nécessaire de négocier sa place.

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