En peine d’action.

Je jette les draps pour sortir hors du lit. Le craquement résonne encore derrière mes paupières peinant à rester ouvertes. L’image d’un éclair de lumière s’éclipse en alternance avec l’obscurité relative de ma chambre. Le sol tremble. Le son d’une alarme tourne en fond de mes pensées. Ces mêmes alarmes qu’on entend une fois par mois, pour l’exercice. Je me retiens de tomber du bord du matelas qui est à même le sol avec la main. Raté. La gueule contre le plancher, je parcours du regard les environs avec difficulté. Tout m’apparaît flou. Je distingue pourtant quelque chose à quelques centimètres de mon visage. Cette masse contraste avec le reste du plancher et semble se prolonger contre moi. J’essaie d’ouvrir les yeux plus grand, je les plisse. J’esquisse un sourire. Je me sens stupide. J’ai du mal à garder les yeux ouverts, je n’ai aucune idée de ce qu’il se passe dehors, et moi, mon problème, c’est de reconnaître ma main ? Ma main ! C’est ridicule. Je ferme les yeux. J’inspire.

Elle ne bouge pas. Je dois être épuisé. Je suis certainement épuisé. Le plancher est si froid contre ma peau. Ou bien c’est moi qui brûle ? Pourquoi personne ne vient m’aider à me relever ? A l’aide ! L’absence de réponse résonne dans le vide de la pièce. Je suis seul et pourtant j’ai l’impression que quelqu’un m’enfonce ses pouces dans les yeux.

J’inspire à nouveau. Mais mes poumons ne sont pas prêts. Une. Deux. Trois secousses. Tout l’air que j’avais capturé s’envole. Expulsé hors de moi contre ma volonté. Sortez moi d’ici ! Sortez moi d’ici ! A l’aide ! …

Et éteignez cette fichue alarme ! Impossible de sombrer inconscient tant son volume la rend désormais insoutenable. Impossible de me boucher les oreilles, mon corps est toujours vautré sur le plancher, immobile. Impossible d’agir. Je suis captif. Prisonnier dans cette cellule de chair et d’os. Et j’ai comme boulet enchaîné à mon pied,

l’impossibilité de me souvenir du jour d’hier. Oh, je préférerais mourir qu’être témoin une seconde de plus de cet insupportable spectacle.

Un flash. Le sol tremble à nouveau. Un second flash. Le tremblement s’intensifie. Un troisième flash. Cette fois c’est toute la chambre qui s’illumine.
Le verre de la fenêtre cède instantanément sous l’onde de choc.

Une vague de chaleur s’engouffre au travers. Elle emporte avec elle les débris de bois et de verre qui n’avaient pas encore lâché. Par chance, je suppose, le gros de la déflagration passe au dessus de mon corps inerte.

Quelqu’un crie. La voix paraît paniquée. Louis ?!  Elle cherche Louis. Louis, réponds moi ?! J’aimerais parler. Lui dire que je suis tout seul ici. Qu’il n’y a pas de Louis. Puis la pensée s’envole et s’embrase. Je dois réellement être fiévreux. Peut être même que je délire. Je délire et il n’y a personne. Ni Louis. Ni personne qui le cherche. Ni flash. Ni tremblement. Ni fenêtre qui vole aux éclats. Juste peut être ce qu’il me reste de raison. Je ferme les yeux. J’inspire.

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