La vie est une aventure dont je perds de moins en moins l’essence.

Voilà deux mois que je caresse ma fainéantise dans le sens du poil. Réveil aux aurores d’une séries plus intéressante et plus animée que le moindre instant de ma propre vie. Il est souvent midi passé, quand j’arrive à faire l’effort de sortir un bras des couvertures pour trouver une accroche à cette société dont je ne voudrais plus entendre parler.

Hypnotisé, je descends le fil d’actualité d’un réseau ou d’un autre. Des nouvelles histoires, chaque jour, différentes sans l’être vraiment. Et pourtant, je reste là, scotché jusqu’à ce que l’idée de déjeuner me vienne à l’esprit. Faible motivation. Si je prends ma douche, que je m’habille, et que je déjeune. De quoi sera fait le reste de ma journée ? C’est bon, une heure ou deux de plus au lit ne me tuerons pas.

Une heure de plus ou deux se transforment en semaines de léthargies dont le souvenir, plus que flou, est devenu nauséeux. Je préfère ne pas m’en rappeler. Je ne me lève plus que pour mieux me recoucher. Les jours passent car il le faut bien, mais en vrai, je ferais bien sans.

A quel moment ai-je arrêté de vouloir que ma vie soit une aventure moins intéressante et moins animée que les séries réservées au vendredi soir ? C’est terrible, j’ai laissé débordé ma flemme. J’en ai fait un océan sans terre en vue. Le radeau de mon infortune est de ma propre essence. Dès lors, qu’aurais-je à gagner de le détruire, si ce n’est de provoquer ma propre perte ? Me noyant dans cette titanesque étendue d’incertitude et de peur. J’entends déjà les jugements depuis le continent.

Si ces deux mois sont terrible car j’ai pris conscience qu’à la surface, ne se reflétait pas la personne que je souhaitais incarner. Je préfère, et cela avec volonté, même incertaine, noyer cet homme que je ne voudrais être.

Ma dernière énergie, née de ma prise de conscience de cette perte de temps que je tentais de sauver malgré tout, me sers bien plus que je ne l’aurais cru. J’ai découvert une terre. Pas si loin. Bon, il faut faire quelques efforts. Inspirer. Plonger. Refaire surface.Maintenant que j’y jette un autre regard, la titanesque étendue d’eau n’est autre qu’une piscine gonflable de laquelle je peux sortir à tout moment. Je n’ai pas besoin de sortir du lit ou de connaître l’heure pour déterminer ce que j’attends comme aventure de la vie. Mais j’en sors car je souhaite les vivre.

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