Le retour aux sources

Alors qu’elle se trouve
au milieu des bois, cette route est pavée. A une quinzaine de mètres à
peine, Ludénie peut la voir se fondre dans un épais brouillard
légèrement teinté de bleu derrière un portail en ruine. L’arche de
pierre est flanquée de deux murs envahi par du lierre. Ils servent de
perchoir à trois merles qui paraissent en plein débat. Ils ne semblent
pas affectés par la présence de l’enfant qui continue à avancer vers
l’arche.

Elle n’est plus qu’à
quelques mètres quand finalement, l’un d’eux daigne lui adresser un
regard. Elle se fige. Le merle regarde ses deux compères. Puis, d’un
bond, il prend son envol en s’assurant de passer sous l’arche, évitant
les quelques lianes de lierre qui retombent ci et là. Les deux autres le
suivent et tous trois disparaissent derrière le brouillard.

Ludénie est toujours
figée.  Elle ferme les yeux et prend une grande inspiration. Doucement,
elle remue ses doigts, un par un, phalange après phalange. Elle est
pénétrée par la sensation de redécouvrir le mouvement, membre après
membre, elle se relâche. Quand elle arrive à la hauteur des épaules,
enfin elle peut respirer et rouvre les yeux. Elle regarde à droite. Des
arbres en dissimulent d’autres. Elle reconnaît un frêne, et derrière, un
charme. A gauche, même constat. Au bord de la route, quelques fougères
servent d’abris à de minuscules champignons. Elle croirait voir des
troupeaux de moutons miniatures. La peur a laissé place à
l’émerveillement.

Alors déterminée à
reprendre la route, elle sert les poings puis lance sa jambe droite en
avant. La gauche suit de près. Les talons de ses bottes claquent sur les
pavés écrasant le silence angoissant des bois. La voilà passant sous
l’arche. Elle se tient droite et marche avec confiance. L’épais
brouillard s’accroche à ses chevilles. Elle continue. La teinte
légèrement bleutée contraste avec la cape marron qui traîne à ses pieds.
Elle ne sait plus vraiment ce qu’elle fait là, mais elle sent qu’elle
doit avancer à tout prix. Enfin, elle disparaît à son tour derrière
l’épais brouillard.

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out /  Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out /  Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out /  Change )

Connecting to %s