Rivière

A l’est de Toreigne, derrière les cinq sommets d’Agonor, existe une immense forêt. Les hommes n’y mettent les pieds que très peu, et jamais très loin, de peur de s’y perdre, voire pire, d’y perdre la vie. Entre les histoires de bêtes sauvage mangeuses de chaire humaine et celles des temples secrets dédiés à Saor, dieu des profondeurs et gardien de la dernière porte avant le monde d’en bas, s’y aventurer signifierait signer son arrêt de mort. Sans parler des histoires attachées au comte d’Ororo. L’esprit vengeur d’un ancien noble qui tuerait pour le plaisir les voyageurs imprudents.
Oui, il faudrait être fou pour pénétrer volontairement dans ces bois. Fou, ou complètement désespéré.

Tagar n’est ni l’un ni l’autre. Il est juste le genre de personne à gérer une chose à la fois. Et là entre un danger potentiel et un danger bien réel, la priorité a été placée sur le groupe armé qui le suit sans relâche depuis Toreigne. Il pensait les avoir semé en évitant le tunnel du second sommet d’Agonor. Seulement, c’était sans compter sur l’entraînement poussé des Toréens en matière de traque.

Si l’abondance actuelle en matière de faune et de flore permet aux Toréens de s’alimenter sans devoir fournir énormément d’efforts, il n’en a pas toujours été ainsi. Il y a plusieurs siècles, la région a été frappée par une période de sécheresse très rude forçant les Toréens de l’époque à adapter leur mode de vie drastiquement. Ils ont ainsi forgé une nouvelle tradition de chasse et de cueillette extrêmement développée.
Cette tradition dans le parcours éducatifs des Toréens est aujourd’hui surtout exercée chez les pourvoyeurs. Une petite branche de la milice de Toreigne qui intervient dès qu’un manque futur en nourriture se fait sentir dans ville.
Pour leur sens aguerri de traqueur, ils sont aussi parfois sollicités pour capturer les rares fugitifs.

Difficile de ne pas trébucher quand on court vers le bas d’une pente, en évitant les branches, les plantes épineuses qui lacèrent les mollets et les pierres qui bougent à peine a-t-on posé le pied dessus. Malgré tout, Tagar ne s’en sort pas trop mal. Enfin, jusqu’à ce qu’apparaisse devant lui un large plan d’eau qu’il lui est impossible d’éviter tant son élan l’emporte avec force vers l’avant.

La surface de l’eau qui était si calme quelques instants plus tôt se déforme sous le poids du corps de Tagar qui tente de s’y raccrocher sans succès. Il nage très bien en temps normal, mais là, équipé comme il est, c’est le fond de la rivière qui l’attend.

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