“Il est temps que tu te dévoiles. Le ruban sur tes yeux ne t’a protégé que trop peu. Tes pieds sont pris dans un filet de ta propre confection duquel il t’est aujourd’hui impossible de te défaire. Les liens sont solides entre tes mains qui ne touchent plus la terre depuis plusieurs saisons déjà. La nuit sur tes pensées t’a dérobé de toute lumière. Le jour n’a plus sur toi que l’effet de l’alcool avec lequel tu arroses ta peine. Peine qui s’allonge à chaque inspiration que tu acceptes à contre cœur.

Je ne souhaite pas que l’on dise de toi que tu n’aies pas voulu te battre, pour plus d’équité, pour le partage. Les ressources dont j’ai pu jouir auront été le fruit d’un travail que nulle autre que toi osait fournir. Qui de ces hauts cols aux mains larges et grasses auraient pu de moitié égaler ta tâche. Je n’ai que le regret de ne pas avoir pu en envoyer plus visiter leurs ancêtres pour un séjour sans détour, et surtout sans retour.

Mon temps est écoulé, et ton œuvre s’achève avec la dernière cible. Il s’assied sur son peuple comme sur une chaise en bois noble. Qu’importe son essence tant qu’elle lui sert. Fidèle assise, jusqu’à le chauffer l’hiver s’il manque de bois. Celui ci sera son dernier.

O.”

Passage d’une lettre destinée à Andramo, quelque jour avant son arrestation.

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out /  Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out /  Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out /  Change )

Connecting to %s