Joyeux anniversaire

La maison silencieuse accueille les pieds nus de Ludénie sur de la pierre froide, grossièrement taillée. Le sommeil s’effrite en grain de sable au coin de ses yeux qu’elle frotte d’un revers de la main.

Sa maison consiste en une grande pièce de vie munie d’une table en chêne avec d’un coté, la porte d’entrée, de l’autre, deux chambres. Celle qu’elle vient de quitter, et celle vide de ses parents. Emporté par la dernière pandémie, il ne reste plus d’eux que des meubles esseulés. Leurs vêtements et leurs draps ayant été brûlés pour prévenir toute contamination.

Une échelle à coté de la porte d’entrée permet d’accéder au grenier. Tout ce qui n’est pas utile au jour le jour y est stocké. On y trouve aussi un lit de fortune qui peut accueillir jusqu’à deux personnes si l’intimité et la pudeur ne sont pas recherchées. C’est là que dors le vieil homme de la veille. Son grand manteau est accroché à un coin de l’échelle.

Désormais plus éveillée, Ludénie reprend possession du lieu avec le regard. La première lumière du jour jette un rayon sur la table au milieu de la pièce. Elle est vide. Devant, la porte d’entrée est fermée de l’intérieur par un gros verrou en fer forgé. Sans vraiment quitter la porte du regard, son attention se porte sur un chapeau pointu au bord large. Il fait partie de l’ensemble que porte le vieil homme et lui donne un air de magicien.

Elle regarde à nouveau la table dont le plan toujours vide et orangé lui rappelle le plaisir d’une bouchée de pommeroc sortie du four. Sa peau est croquante. Sa chaire est chaude, ferme, légèrement granuleuse. Recouverte subtilement de miel, et d’herbe aromatique… Un gargouillis profond lui parcours l’estomac.

Le garde manger est à l’image de la table en chêne, vide. Ludénie soupire. Elle repense aux années précédentes, aux sourires de ses parents et les chants de ses amis, eux aussi partis trop tôt. Ses tempes chauffent. Une pression au creux de ses côtes grandit. Ses lèvres se crispent et sursautent laissant s’échapper des jappements dont elle n’a pas conscience. Ses jambes la laisse tomber un instant avant de la soutenir à quatre pattes avec ses bras. Le front contre la pierre, poings serrés, elle demande le soutient de Kaar ou la lumière d’Or. Elle n’en peut plus de l’entre deux. Ses larmes sortent de sa bouche, de son nez, de ses yeux et se mélangent à ses cris qui prennent de plus en plus d’ampleurs.

Dans la cheminée, les braises de la veille se ravivent. Le vieil homme s’est levé sans qu’elle le voie, l’entende ou le sente. Elle ne peut que constater la chaleur d’un brasier naissant. Chaleur, lumière, compassion.

Quand enfin elle arrive à relever la tête, la pièce est enveloppée dans un voile doré. Le feu sous la cheminée est calme et puissant, les rayons du soleil filtrés par le verre de la fenêtre parviennent à trouver sans mal les blessures de son cœur. L’un d’eux souligne avec une intensité curieuse une lettre sur la table.

Le grand chapeau, le vieil homme et son manteau, il n’en reste plus que le lit vide en haut de l’échelle. Ludénie se jette sur la porte d’entrée. Le verrou n’a pas bougé, il est toujours ancré dans le cadre de la porte. L’incompréhension la déstabilise. Comment a-t-il pu sortir si ce n’est par la porte ?

La lettre ! pense-t-elle. Elle s’avance vers la table et attrape le morceau de papier d’une main et le déplie de l’autre. Deux phrases manuscrites.

“Il est prudent de se protéger d’un danger derrière une porte fermée. Il est sage de veiller à ce que cette porte reste celle de la maison et non celle d’une prison.”

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