6 lignes – jour 99

Ma petite sœur me tenait au courant des événements. Ceux qui se passaient à l’école, mais aussi à la maison et chez ses amis. Je rêvais de prendre le train, pour aller à l’école, de faire mes devoirs sous la discrétion de papa ou encore de manger du gâteau chez Rémi ou Sophie. Je l’écoutais avec attention, dans chaque aventure jusqu’à ce que ses visites se raréfient.

En même temps, elle a toute la vie devant elle. Pourquoi se tracasser d’un grand frère sur un lit qui comme seul signe de vie ouvre les yeux le jour par automatisme. Je ne peux même pas lui répondre. Comme elle, je finirais par me lasser. J’en suis convaincu.
Ici, il n’y a pas grand chose à faire. Parfois, je peux regarder par la fenêtre. J’y voit l’autre façade de l’hôpital. Et dans de rare occasion, je vois un autre patient qui regarde lui aussi par la fenêtre. Mais le plus souvent, je ne peux voir que le plafond blanc de la chambre. Il n’a plus été repeint depuis trois ans. Un an après que je sois arrivé. Marie avait onze ans à l’époque. Aujourd’hui, je discerne trois œuvres différentes sur le plafond, toute du même artiste.

Oscar avait perdu l’équilibre et s’était effondré dans la cuisine. Ne le voyant pas répondre à la porte quand elle sonna chez lui, l’infirmière s’occupant de lui ce jour là jeta un œil à travers la boite aux lettres. Elle venait de l’avoir au téléphone, donc il aurait été assez improbable qu’il ne soit pas à la maison. Quelle ne fut pas son horreur quand elle le vit gisant sur le carrelage en damier de la cuisine, une flaque de sang à coté de son crâne.
Mais Caroline avait le sang froid, et immédiatement, elle reprit ses esprit. Elle se rappela alors que deux ouvriers travaillaient sur un chantier dans une rue perpendiculaire. Elle couru jusque là, et sur place, leur demanda s’il avait un pied de biche pour forcer la porte.

L’ouvrier à qui elle eu affaire parla de l’histoire à son collègue, et en moins de deux minutes, elle revenait devant chez Oscar avec deux ouvriers, une massette et un pied de biche. L’un des deux ouvriers posa le pied de biche dans l’interstice entre la porte et le cadre et l’enfonça de plusieurs coup de massette. Après à peine une dizaine de secondes, la porte lâcha. A trois, l’infirmière en première, ils entrèrent dans la maison et aidèrent Oscar à se relever et se poser sur sa chaise. Il était conscient, et la blessure à son crâne était heureusement très superficielle. La flaque de sang était due aux médicaments qui fluidifient son sang. Elle l’avait emmené à l’hôpital aussitôt.

Après l’avoir rafistolé, la docteure lui avait déclaré qu’il devrait rester une semaine. Elle voulait être certaine que la blessure, bien que superficielle, ne s’empire pas.
Pendant cette semaine, il avait beaucoup tourné en rond. Il m’avait raconté cette histoire, plusieurs fois. Il finissait par “Tu sais mon petit gars, la vie c’est comme ça. Un jour tu manges une pomme, l’autre de la compote. Toi, t’as commencé par la compote.”
Et lui, la compote, il en avait ras le bol. Il pouvait plus la voir. “J’ai encore des dents bon sang !” avait-il crié avant de l’envoyer valser en l’air trois jour de suite jusqu’à ce que le personnel accepte enfin de ne plus lui en apporter et de mettre une pomme à la place.

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