Absurdité/Tout devient beau quand ça s’arrête

“Viens, on la dépose là.”
“Ici, t’es sur ?”
“Oui. Au pire ils n’auront qu’à la déplacer au besoin”
“Ou est-ce que tu coupais les pommes hier déjà ?”

Ces quelques mots provoquent chez Quam une réaction presque épidermique. Il lâche la table qu’il tenait avec Niraneo et commence : “Des pommes, des pommes, encore des pommes. Quand est-ce qu’on va pouvoir faire autre chose que découper des pommes ? J’en ai lavé au moins quatre charrettes hier, et c’était pas la première fois. J’en ai plein le dos de les peler et de les couper en quartier. Je me réveille entre les tonneaux de compotes. Je déjeune avec des flocons de seigle au sirop. A l’heure du repas, elles se font passer pour de la purée de pommeroc translucide, mais on me la fait pas à moi,” le garçon est lancé ne s’arrête plus. “J’aime le sel, j’ai besoin de sel. Je veux de l’huile… du gras ! J’en peux plus de ces fruits maudits. Qu’ils en nourrissent les bêtes, et bon débarras !

Non, même les bêtes en ont marre des épluchures. T’as vu le tas dans la prairie, il ne fait que grandir. Il n’y a que les mouches qui s’en approche. Et tu connais les mouches, un rien les rend folles. Un petit bout de fromage pourris, une viande faisandée, un étron dans la boue, pour elles c’est le grand luxe !

Alors tu penses bien, des épluchures toute fraîche de pommes, elles ramènent leur familles. Et avec la quantité, elles pourraient même y établir un royaume, avec une cour, un palais et tout le tralala. A l’heure qu’il est, elles ont peut être même organisé tournois, mariages et enterrements. Une gloutonnerie à toute épreuve…”

Niraneo n’en peut plus d’écouter Quam se plaindre. Ça fait des jours qu’il use sa patience et aujourd’hui, s’en est trop.

“Si je peux me permettre Quam, j’en ai rien à secouer de tes pommes, j’ai juste besoin du couteau que tu utilisais hier pour les couper.”

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Pandémie

Val Aereigne s’est longtemps imposée comme seconde puissance du continent, presque égale à Val Tereigne. Son emplacement entre la demi-lune d’Argrimor, les pieds du mont Saor et des deux plateaux du Raenor lui offre un champ de vision multiple très avantageux sur ses potentiels assaillants.

Si la cité brillait autrefois par ses guerriers, elle repousse aujourd’hui par ses malades. De la porte Nord jusqu’à la porte de la citadelle, une armée de corps, à la frontière entre deux mondes, ne tiens plus ni d’épée ni de bouclier mais plus que désespoir et maux.

Parfois, l’un d’entre eux semble retrouver des forces, se lève maladroitement, fais quelques pas puis s’effondre comme une grosse drache. Par terre, il n’est pas rare qu’il vomisse un liquide jaunâtre qui tire vers le rouge s’il est à un stade plus critique.

Cette peinture immonde inonde les rues de Val Aereigne tant en volume que par son odeur. Hostile sans être nauséabonde, obscure sans être secrète, fatale sans être brève, elle semble être portée dans l’air par Saor lui même.

Si Midalo premier roi de Val Aereigne est retenu pour sa diplomatie plus qu’animée, Pogos, lui, n’a que la mysanthropie comme tablier. Non seulement il n’a rien fait pour tenter de contenir la maladie, mais en plus, chaque ordre sortant de la citadelle n’a pour unique but que celui de le satisfaire et comme conséquence de creuser plus large encore le fossé qui le sépare de la réalité.

De quelques malades à l’entrée de la porte Nord aux courriers de Val Tereigne et Toreigne lui demandant de fermer ses portes, il en ignore l’existence même. Son palais est sa demeure, et il entend bien l’entretenir comme bon lui semble. Si de mauvaises herbes se sont glissées dans ses parterres, c’est à ses jardinier de s’en occuper, non ?

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Le cœur s’emballe

Le sentiment perçu en marchant dans les rues dépeuplées de Toreigne ce soir produit, même chez Tagar, une envie de ne pas s’y éterniser. Son regard éclairé d’orange voyage rapidement dans la pénombre d’un puits de lumière à l’autre et leurs alentours. Ces quelques traces de brasiers consumés, charbonnant, émettent encore une faible lueur contribuant à l’atmosphère inattendue des rues désertes.

Tout autre jour, sous le soleil ou sous les étoiles du marché, ces grands axes foisonnent de vie, de rires, de cris. Les marchants et leurs étales, les petites gens et leur sandales, les enfants et leur parents. Des rues bavardes qui malaxent leurs passants avec soin, qui les honorent quand ils arrivent, qui les couronnent quand ils s’en vont, qui les célèbrent quand ils reviennent. Il fait bon d’être vivant dehors à Toreigne.

Ce soir, ces mêmes rues ont été abandonnées. Plus âme qui vive. Le festival des Cinq Sommets est si important pour les Toréens que même la milice patrouille en effectif plus que réduit.

Ce serait mentir que de dire que cela n’arrange pas Tagar dont les affaires se passent bien de sa présence ainsi que de celle des badauds. Et même s’il aurait préféré le rire des enfants qui jouent sur la place à un rendez-vous dans la pénombre avec un inconnu dont la réputation se rapproche plus de l’hopyr des égouts que d’un honnête marchand, Tagar sait que s’il venait à être reconnu, sa vie d’homme libre, ou plutôt sa vie tout court, se verrait raccourcie.

Au coin de cette rue qu’il vient de traverser, une ombre passe à toute allure. Tagar inspire, attrape le pommeau de son glaive de la main, tend et gonfle son corps, ferme la bouche, ouvre les yeux, tend les oreilles…

Ni dans l’ombre.

Ni dans la lumière.

Rien.

Une légère brise s’engouffre dans l’allée et se frotte contre les murs de pierre en miaulant. Elle ravive au passage les braises presque éteintes donnant l’illusion d’un chat qui s’avance. Quand il arrive à la hauteur de Tagar, ce dernier en perçoit l’énergie spontanée, câline, chaleureuse, enivrante.

Tagar découpe cet somnolence soudaine avec son glaive qu’il extirpe du fourreau d’un geste puissant et efficace accompagné d’un cri vif et empreint de courage fendant l’air sur son passage Rahhhg !

Un rire fuyant se fait entendre à une distance de quelques maisons derrière lui. Une bruine légère s’installe. Le murmure d’un tambour commence à résonner au creux de son corps. Au fur et à mesure que la vibration évolue, en rythme, en intensité, jusqu’à s’emparer de sa cage thoracique en entier, la pluie s’accentue passant d’un crachin à une averse plus lourde et plus franche. Ce grondement lui monte à la tête, comme un orage soudain. Un éclair fend le ciel qui s’est couvert de nuages et illumine la rue trempée d’une lumière blanche et froide.

Tagar est par terre. Ce tonnerre l’a soumis, l’a agenouillé, le fait ramper. Il est là, les mains sur la terre battue et le gravier, loin de son glaive qu’il a lâché entre deux battements de cœur. Les genoux dans la boue, tremblants, le visage à moitié dans une flaque entre deux pierres, le pied de Kaar sur le dos, il n’a plus la force de résister.

Son coeur bat d’une mesure sans conviction. Ses yeux se ferment à moitié. Ses doigts, les muscles de ses bras, de ses jambes de son dos, tous se relâchent. Le tambour et la pluie s’arrêtent. Ne reste que son corps, gisant, trempé, inanimé, en route vers les profondeurs.

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Joyeux anniversaire

La maison silencieuse accueille les pieds nus de Ludénie sur de la pierre froide, grossièrement taillée. Le sommeil s’effrite en grain de sable au coin de ses yeux qu’elle frotte d’un revers de la main.

Sa maison consiste en une grande pièce de vie munie d’une table en chêne avec d’un coté, la porte d’entrée, de l’autre, deux chambres. Celle qu’elle vient de quitter, et celle vide de ses parents. Emporté par la dernière pandémie, il ne reste plus d’eux que des meubles esseulés. Leurs vêtements et leurs draps ayant été brûlés pour prévenir toute contamination.

Une échelle à coté de la porte d’entrée permet d’accéder au grenier. Tout ce qui n’est pas utile au jour le jour y est stocké. On y trouve aussi un lit de fortune qui peut accueillir jusqu’à deux personnes si l’intimité et la pudeur ne sont pas recherchées. C’est là que dors le vieil homme de la veille. Son grand manteau est accroché à un coin de l’échelle.

Désormais plus éveillée, Ludénie reprend possession du lieu avec le regard. La première lumière du jour jette un rayon sur la table au milieu de la pièce. Elle est vide. Devant, la porte d’entrée est fermée de l’intérieur par un gros verrou en fer forgé. Sans vraiment quitter la porte du regard, son attention se porte sur un chapeau pointu au bord large. Il fait partie de l’ensemble que porte le vieil homme et lui donne un air de magicien.

Elle regarde à nouveau la table dont le plan toujours vide et orangé lui rappelle le plaisir d’une bouchée de pommeroc sortie du four. Sa peau est croquante. Sa chaire est chaude, ferme, légèrement granuleuse. Recouverte subtilement de miel, et d’herbe aromatique… Un gargouillis profond lui parcours l’estomac.

Le garde manger est à l’image de la table en chêne, vide. Ludénie soupire. Elle repense aux années précédentes, aux sourires de ses parents et les chants de ses amis, eux aussi partis trop tôt. Ses tempes chauffent. Une pression au creux de ses côtes grandit. Ses lèvres se crispent et sursautent laissant s’échapper des jappements dont elle n’a pas conscience. Ses jambes la laisse tomber un instant avant de la soutenir à quatre pattes avec ses bras. Le front contre la pierre, poings serrés, elle demande le soutient de Kaar ou la lumière d’Or. Elle n’en peut plus de l’entre deux. Ses larmes sortent de sa bouche, de son nez, de ses yeux et se mélangent à ses cris qui prennent de plus en plus d’ampleurs.

Dans la cheminée, les braises de la veille se ravivent. Le vieil homme s’est levé sans qu’elle le voie, l’entende ou le sente. Elle ne peut que constater la chaleur d’un brasier naissant. Chaleur, lumière, compassion.

Quand enfin elle arrive à relever la tête, la pièce est enveloppée dans un voile doré. Le feu sous la cheminée est calme et puissant, les rayons du soleil filtrés par le verre de la fenêtre parviennent à trouver sans mal les blessures de son cœur. L’un d’eux souligne avec une intensité curieuse une lettre sur la table.

Le grand chapeau, le vieil homme et son manteau, il n’en reste plus que le lit vide en haut de l’échelle. Ludénie se jette sur la porte d’entrée. Le verrou n’a pas bougé, il est toujours ancré dans le cadre de la porte. L’incompréhension la déstabilise. Comment a-t-il pu sortir si ce n’est par la porte ?

La lettre ! pense-t-elle. Elle s’avance vers la table et attrape le morceau de papier d’une main et le déplie de l’autre. Deux phrases manuscrites.

“Il est prudent de se protéger d’un danger derrière une porte fermée. Il est sage de veiller à ce que cette porte reste celle de la maison et non celle d’une prison.”

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Que dit l’étoile du matin au soleil qui se lève ?

“Dans le sommeil d’Or, Atkeer le farceur ravit la forme
Il dépose sur Or une épaisse couverture en laine d’Argrimor.
On ne distingue alors plus rien,
Ni dans les montagnes, ni sur les plaines.

De cette obscurité, Kaar est le gardien.
Dans l’ombre d’Or, il communique avec les mains.
Quand il s’approche, l’air est froid et rend serein.
Un bruissement, un claquement de doigt, il va et vient.

Askeer l’astucieux éclaire le chemin torche à la main.
Si la nuit est son fourneau, la discrétion est son pain.
Pour ceux qui cherchent le repos, ou un coin au chaud,
Sa bienveillance n’a d’égale que l’espièglerie d’Atkeer, son jumeau.

Les frères se tire la couverture tout au long de la nuit.
Kaar n’a que faire de leur querelle.
Quand un être est prêt à le rejoindre,
Toutes les manigances sont accidentelles.

Or, après un temps, se réveille,
Atkeer à ses pieds, Askeer à sa tête, Kaar à ses cotés.
Il réchauffe doucement les bois,
Éclaire les champs et ravive les cours d’eau.

Atkeer, Askeer et Kaar entame leur nuit.
Ils ne dorment que d’un oeil.
Ils se lève au besoin,
Leur charge est à temps plein.”

Age Divin – Livre des Arches

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Flaneuse/Quelqu’un y croit

La rivière est fraîche et permet à Melhurmur de faire tremper ses pensées avec son linge sale. Elles en ressortent éclatantes et plus ancrées. Après un bain prolongé et une confrontation énergique, elle rassemble ses idées et ses vêtements dans un panier qu’elle porte à deux mains posé sur son épaule.

Le tout sèche dans le jardin devant la maison familiale. Les vêtements sur une corde tendue entre deux piquets, et elle dans sa chemise de lin et sa longue jupe amarante étalée dans l’herbe.

Le ciel est parsemé de nuage. Le soleil est bien présent, et sa chaleur se fait sentir sur la peau. Une légère brise mélange parfois les parfums alentours. Celui humide de l’herbe, celui appétissant des pommerocs au four, et parfois celui plus neutre mais néanmoins reconnaissable du vent qui voyage.

En fermant les yeux, Melhurmur repense à la rencontre de la veille. Ce grand homme habillé d’un long manteau et qui s’aidait d’un bâton pour marcher. Une flamme sereine et lumineuse jaillissait de son regard et semblait se raviver à chaque prise de parole. Comme si chaque mots, pourtant tout droit sorti d’un autre age, le rajeunissait. En faisant abstraction de sa barbe et des ondes du temps sur son visage, elle aurait même pu tomber sous son charme.

Il est venu pour elle. Elle qui n’a rien. Rien de plus qu’un autre en tout cas. Ogvar, son père, avait ouvert la porte au grand homme. A peine ce dernier avait posé le regard sur Melhurmur qu’il prononça ces mots Melhurmur, il est temps que tu m’accompagnes. Je reviendrai dans trois jours à l’aube, prépare toi. Dès qu’il eu terminé sa phrase, il se retourna et ,après quelques pas, disparu dans l’obscurité de la nuit.

Qui est-il ? Qu’est-ce qu’il lui veut ? Talenbrume n’est pas très grande, mais pas au point que tout le monde aie connaissance de tout le monde. Où a-t-il entendu son prénom ? Où compte-t-il l’emmener ? Autant de question qui fusent dans la tête de la jeune fille alimentant directement le brasier de sa curiosité.

Les yeux rivés vers le ciel qui était devenu orangé sous de nombreux nuages, Melhurmur est surprise de constater que l’après midi est passée en un clin d’oeil. La brise s’est transformée en un vent timide. Un peu plus frais que ce matin, l’odeur humide des bois et celle plus huileuse du poulet pommeroc au miel met en lumière le vide de son ventre et l’entraîne à se relever. Elle a faim.

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Oubli

Serano suit son guide à travers les bois qui relient Holiad et Talenbrume, dernière étape avant d’entamer l’ascension d’Argrimor vers le sanctuaire d’Askadi. Son guide, pour le meilleur et pour le pire, est plutôt bavard.
“J’ai hâte d’arriver à Talenbrume.”
“Ah ?”
“Si tu savais ce qu’ils te servent dans les tavernes là bas, tu aurais hâte aussi.”
“C’est quoi ton nom déjà ?”
“Mon nom ? Incroyable !? je risque ma vie en te guidant à travers cette forêt, et tu n’as même pas pris la peine de retenir mon nom ? Je suis outré.”
“Outré, quel drôle de nom.”
“C’est ça, fout toi de ma gueule en plus. Si j’étais pas si près de manger un poulet pommeroc, tu aurais déjà la tête en dessous d’une branche !”

En regardant droit devant lui à travers les arbres, le guide aperçoit une lueur au loin, puis distingue les lanternes des portes de Talenbrume qu’il connait bien. Alors qu’ils sortent de l’orée du bois, la petite ville se dessine dans l’oscurité au fur et à mesure que de nombreuses lanternes s’allument sur la palissade qui en fait le tour.

“Talenbrume. Quel spectacle ! On arrive pile au bon moment, comme prévu. C’est toujours un plaisir pour les yeux pas vrai ?”
“C’est la première fois que j’y viens. C’est joli.”
“Joli ? T’as laissé ton coeur dans les chutes de Val Tereigne ou quoi ? Même une tablette de marbre d’Askeer aurait versé une larme devant un tel spectacle ! Incroyable ce garçon. D’accord, ce n’est pas le festival des Cinq Sommets mais quand même.”

Serano l’écoute avec attention, et après quelques instants reporte son regard sur Talenbrume. Il ferme les yeux, inspire profondément. Puis, en expirant, rouvre les yeux en esquissant un sourire.

“Digri,” articule Serano en regardant son guide droit dans les yeux toujours un peu souriant.“

"A la bonne heure !”

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Première fois

Chaque grain de sable, chaque inspiration, chaque mouvement comme autant de poignards sous les pieds, d’épais nuages dans les poumons, d’opportunités d’arriver au bout de ses forces.

Le désert de Vasmnyir s’attaque à Serano dès les premiers pas lui rappelant le témoignage du vieil homme dans l’auberge, la nuit précédente.
“De tous ceux qui prétendent l’avoir traversé, très peu rendent justice à son atmosphère étouffante, ni à l’élégance de ses dunes et à juste titre. Leur grandeur, aussi splendide soit-elle, pâlit devant la liste de ses victimes.
Que ce soit dans la fuite forcée et risquée du plus misérable hère ou l’ambition nauséabonde et conquérante du plus privilégié des seigneurs, Vasmnyir avale les âmes des hommes comme Ismeer attend le Raenor, sans fin.”

Après à peine quelques instants, la fournaise oblige Serano à sortir sa gourde et à en vider le contenu d’une traite. Sa tête s’allège et son sang pulse dans les veines. Un regain de fraîcheur, bref, néanmoins demandé par chaque centimètre de sa peau pourtant couverte.

Cette pause prématurée lui offre l’occasion de regarder derrière lui. Une vue dégagée sur les bois aux pieds de Raevreg dont il aurait aimé se passer. La simple apparition de ces bois lui rappelle avec une intensité ardente que ce désert inhospitalier voir malveillant ne connaît ni la fraîcheur de l’aube, ni la brise du soir, seulement la brûlure du vent la nuit et la caresse barbare du soleil le jour.

Si les regrets aurait pu lui faire rebrousser chemin, Serano n’a aujourd’hui plus d’autre choix que d’avancer. Tous lui ont ri au nez, mais lui n’a jamais douté. Après toutes ses recherches, il est convaincu que Vasmnyir n’est pas désert. Qu’au beau milieu de cette étendue de sable se trouve une citadelle.

La Tour de Vasmnyir fait partie de nombreuses légendes sur le désert. L’histoire est racontée aux enfants de Val Aeto et des alentours de Raevreg le soir pour leur éviter une mauvaise aventure entre les dunes. Ceux qui Dansent leur sont présentés comme des monstres né du désespoir d’êtres ayant tenté de traverser Vasmnyir sans succès. Ils emporteraient quiconque foulant le sable dans leur danse macabre et tourmentée.

Loin d’être inconcevable, pour Serano, le danger que pose Ceux qui Dansent n’a pourtant rien de fantastique ou de monstrueux. La légende se garde bien de détailler leur apparence si ce n’est pour leur masque blanc à corne et leur manteau rouge de sang, référence à l’anonymat des victimes et leurs brûlures extrêmes.

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J’ai déjà écrit sur Serano dans l’édition précédente. Vous pouvez le retrouver ici et =)
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PS : Je serai loin d’internet à partir du 2 Août ce qui m’empêchera momentanément de continuer ce défi que j’adore. Cependant, je devrais avoir peut-être l’une ou l’autre scène à programmer d’avance, j’espère hehe. Et puis je reviens dès le 13 Août, avec toute la force et l’inspiration que ces quelques jours dans le sauvage m’auront apportés pour terminer ce défi en beauté 😀

La transparence/Nocturne

L’obscurité de la nuit donne à Antonin la place nécessaire pour exercer son art sans être dérangé. L’affluence dans Val Tereigne de ceux qui cherchent à louer ses talents ne cesse de croître, tout comme sa notoriété et cela malgré lui. Grâce à de nombreux stratagèmes, il s’était rendu indisponible à ceux qui le cherchaient. Puisque sa boutique changeait chaque jour d’emplacement, il s’était retrouvé avec le surnom de Mirage de Val Tereigne. Surnom auquel il ne prête aucune sorte d’importance. Ils peuvent bien l’appeler l’enchanteur du Grand Barrage, le descendant d’Or ou encore l’horreur des Pieds d’Argrimor, pour lui, l’important, c’est d’explorer la voie mystique et spirituelle de ce monde sous tous ses aspects.

Ce soir, il s’est éloigné de Val Tereigne pour retrouver la forêt de Rongrim, une véritable frontière végétale marquée au sud de la cité Etat. Il est dit qu’à cette période de l’année où le soleil se fait de plus en plus rare et le temps de plus en plus humide et froid, l’esprit des morts est bien plus facile à solliciter. Et plus encore si l’on s’enfonce dans cette forêt.

Antonin, maintenant au centre de Rongrim s’assied par terre jambe croisée. Il sort ensuite de son sac un tissus jaune d’or à motifs brodés impeccablement ainsi qu’un jeu de cartes plutôt atypique. Sur chacune d’entre elles se trouve un arbre, une plante, ou un signe naturel comme la mer.
Une fois le tissus installé devant lui et les cartes étalées et mélangées faces cachées par dessus, il ouvre à nouveau son sac. Cette fois, il en sort son journal qu’il pose à gauche des cartes. Il sort aussi un livre épais et usé, L’Ancien Oracle des Arbres.

La couverture de cuir est craquelée et semble au bout de sa vie. D’un geste de main et en tenant le livre dans l’autre, Antonin prononce quelques mots à mis voix. Soudain, jaillit de sa main une lumière intense sans être aveuglante, chaude sans être brûlante qui rapidement s’empare du livre qu’il lâche aussitôt. En l’air, le livre s’ouvre et les pages défilent une à une. La couverture qui étaient craquelée se referme, les pages cornées et rongée par le temps se déplient et se parent d’un blanc soigné. En jetant un coup d’œil rapide, le livre à désormais l’air neuf, néanmoins, c’est sans compter sur le contenu qui lui, sans en connaître le contenu d’origine, ne peut être réparé. Quand la dernière page se tourne, la lumière chaleureuse disparaît et le bouquin retombe dans la main d’Antonin qui le dépose à droite des cartes.

Après une minute de méditation, il passe sa main au dessus du jeu éparpillé devant lui. Elle s’arrête sur une carte qu’il soulève et place devant lui face vers le haut. Un sorbier occupe une grande partie de l’illustration. Sur le bas de la carte, un pentacle pointe vers le haut et symbolise la protection. Antonin attrape le bouquin et commence son étude. Quand il trouve enfin la carte qu’il a face à lui, il y voit que le sorbier représente le contrôle de tous ses sens ainsi que la protection contre les enchantement. C’est la première des trois cartes qu’il va pêcher. Elle représente le passé.

Après avoir passé un temps sur la page du sorbier, il décide de piocher sa deuxième carte. Cette fois, un peuplier blanc se trouve au centre de la carte. D’après le livre, inversée, cette carte parle des peurs qui noient dans le vent la voix intérieure de celui qui interroge l’oracle. Antonin tourne les pages et prends parfois des notes dans son journal.

Vient le moment de tirer la troisième et dernière, celle qui représente le futur. Sur cette carte est dessiné un saule. Quand Antonin trouve enfin la page du saule, son visage se durcit. La page est vierge si ce n’est pour le titre, Saule.

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@30jourspourecrire J’sors du cadre ou du moins du temps impartit, je sais. Je te suis reconnaissant pour l’inspiration !

Epée

Serano se réveille. Son demi sommeil semble l’avoir ballotté d’un coté à l’autre du lit. D’ailleurs, sans grand mystère, sa couverture est par terre.

Dehors, le soleil n’est pas encore debout. L’air est froid et humide. Serano sent bien qu’il ne dormira pas plus et se frotte le visage en signe d’abandon. Il se lève, enfile son pantalon et s’entoure la taille avec une ceinture qui porte son épée. Avant de sortir de la chambre, il attrape la sacoche qu’il transporte depuis sa sortie d’Askadi. Dedans se trouve le parchemin concernant l’alliance entre Llon et Toreigne.

Si on en croit la légende, l’union d’Orune avec Ogémor scelle la fin des conflits entre les deux cités. Jusque là, l’histoire correspond assez bien à celle décrite sur le parchemin. Dans le reste de l’histoire, Orune est trahie par l’un de ces conseillés un peu trop attaché au pouvoir et à l’ancien conflit avec Toreigne. Quand Ogémor apprend la mort d’Orune, il entre dans une rage incontrôlable.

“S’ils veulent la guerre, ils l’auront,” dit-il en envoyant par milliers ses troupes dans le tunnel reliant les deux cités. L’attaque est si fulgurante que le conflit ne dure que quelques heures. Au soir du jour de la mort d’Orune, il ne reste de Llon et de ses habitants qu’un tas de pierres et de sang.

Serano descend l’escalier de l’auberge dans laquelle il a passé la nuit. Ce dernier mène à la salle principale qui comporte une cuisine munie d’un bar et

une salle de service avec des larges tables rondes entourées de chaises. Certaines d’entre elles sont déjà occupées par les habitués. Serano remarque que l’un d’entre eux le regarde avec attention. Comme il ne souhaite pas d’ennuis, il fait mine de rien et continue vers le bar derrière lequel se trouve la patronne qui découpe des pommes.

“Je viens régler ma chambre,” annonce-t-il à la femme en déposant comme convenu la veille, cinq pièces de bronze. “Vous faites une compote ?” demande Serano. La patronne ne répond pas, prends les cinq pièces et se remet à faire ce qu’elle faisait avant qu’il ne l’interrompe. Elle paraît impassible et sans âge, ce qui lui inspire une certaine sérénité.

“Dis moi, c’est une bien belle épée que tu as là,” lance une voix derrière Serano. Ce dernier se retourne et reconnaît l’homme qui l’avait regardé descendre l’escalier.
“Tu me la prête ?”

continue l’homme avec un certain amusant dans la voix.

Serano se dirige vers la porte de l’établissement en prenant soin de passer loin de l’homme.

“Hey, où tu crois que tu vas, petit merdeux ?” crie l’homme qui ne semble pas avoir l’habitude qu’on l’ignore.

C’est alors que l’atmosphère devient électrique, littéralement. Serano sens sur sa peau ses poils se dresser. Il sent que la source de cette aura imposante jailli de la femme sans âge.

Il n’en faut pas plus pour calmer l’homme qui se rassied en serrant des dents. “Tu ne perds rien pour attendre,” pense-t-il à mis mots.

Aussitôt, l’air se délie. Serano profite de cette opportunité pour s’en aller et ferme la porte derrière lui.

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