6 lignes – Jour 57

amorcepour6lignes:

Quand le soleil se leva.

Quand le soleil se leva, il emporta avec lui les derniers espoirs de retrouver le sommeil. Camille n’avait pas beaucoup dormi cette nuit là. Elle avait tenté de compter les moutons pour s’endormir, mais sans succès. Si le lit avait été assez grand, elle en aurait fait le tour plusieurs fois, comme les aiguilles d’une horloge. Seulement, ici, elle n’avait comme seul luxe que celui de rouler sous sa couverture, remplissant tantôt l’espace de droite, tantôt l’espace de gauche.

Si la nuit avait été longue, elle lui avait aussi permis de faire le point. Il ne faut pas être un génie des mathématiques pour connaître ses aspirations, et agir en fonction. Sans avoir de réel projet, mais tout en gardant à l’idée ses envies, elle avait décidé d’écrire à Vincent. Elle avait pris le temps de réfléchir, pour être le plus clair possible. Elle souhaitait passer du temps avec lui, simplement, sans grande parole, sans petit jeu. Sa demande se résuma d’un simple mot.

Quand le soleil se leva, il emporta avec lui les dernières pensées vagabondes. Celles qui s’étaient immiscées la veille dans la tête de Vincent. S’il était temps de se lever, comme lui criait son réveil avec la douceur qu’on leur reconnaît, son corps à lui n’était pas du même avis. Ses muscles criaient au repos, et son esprit semblait se promener dans le plus épais des brouillards. C’est en regardant l’heure sur son téléphone qu’il aperçu le message de Camille. Viens.

Si la nuit avait été longue, le réveil précipité n’avait duré que quelques secondes. Après la douche, Vincent avait à nouveau jeté un œil au message de Camille. Il avait passé la première partie de la nuit à repenser sa vie. Et sans se le cacher, il avait dédié la seconde à cette fille, à Camille.
S’il n’avait pas idée de ce qu’elle voulait de lui, il savait pertinemment bien ce qu’il voulait d’elle. Sa réponse, quand à lui, se formula rapidement. En deux mots. J’arrive.

6 lignes – Jour 56

amorcepour6lignes:

Tu te fous de ma gueule ?

Tu te fous de ma gueule ? Lui demande Julie, peinée. Elle qui a fourni tant d’effort pour garder la tête sur les épaules ces dix derniers mois malgré le mutisme quotidien de Sébastien suite aux difficultés qu’il traversait jusqu’alors. Ce dernier lui confirme qu’il quitte l’appartement. Il prends l’avion ce soir pour Québec et emmène Darwin avec lui, le chat. Même si elle apprécie fortement cet animal, c’est le cadet de ces soucis. Elle, elle s’inquiète juste pour son fils.

6 lignes – Jour 54

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Il travaillait à l’ancienne.

Il travaillait à l’ancienne. C’est entre autre ce qui rendait son œuvre formidable et prisée bien au delà des murs de la grande ville de Val Tereigne. Des royaumes les plus proches aux plus éloignés de la capitale, des plus opulents souverains aux plus démunis des voleurs de pains, il était de savoir commun que ce curieux magicien ne cherchait guère à se faire connaître mais seulement à garder la main. C’est ainsi que le monde avait retenu Antonin.

Il travaillait à l’ancienne. Et puisque son art était convoité tant pour le bien que pour assouvir de sombres desseins, il avait élaboré plus d’une ruse pour se rendre indisponible. Son atelier était d’ailleurs introuvable pour celui qui le cherchait. Car chaque jour, il en changeait l’emplacement, les récits à son sujet attribuait à Antonin le surnom plutôt explicite de Mirage de Val Tereigne. Chaque nouvelle rencontre était de ce fait scellée par la synchrodestinée.

6 lignes – Jour 53

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Je montais au second étage.

Je montais au second étage. D’un pas lourd mais pressé, je faisais craquer les planches de bois menant à la chambre du vieil homme. Il était plus que temps de partir et pourtant, aucun signe de vie de sa part. Je lui avais donné rendez-vous aux aurores, et son absence m’avait alarmé. Il n’était pas du genre à arriver en avance, mais tout de même. Devant sa porte entrouverte, j’imaginais déjà le pire, jusqu’à ce qu’il trahisse le silence d’un extraordinaire ronflement.

6 lignes – Jour 69

amorcepour6lignes:

J’avais mal à la nuque.

J’avais mal à la nuque. Le poids de mon introspection , sans nul doute, devait y prendre une place remarquable. Révélateur d’un mal-être superficiel, conscient néanmoins incompris, dont je ne pouvais que souffrir, attendant chaque soir, l’instant libérateur qu’était de fermer les yeux. Fermer les yeux sur le corps. Fermer les yeux sur les pensées. Un Je bien conscient et sans pour autant arriver à le dissocier de ces deux expériences, je ne pouvait que les observer.

6 lignes – Jour 51

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Après la fête, elle rentra chez son père.

Après la fête, elle rentra chez son père. Chez son amie,
il faisait chaud, et la joie contagieuse se passait de rire en rire.

En sortant, elle avait fermé la porte en prenant soin de ne pas la claquer. La musique et les voix avait laissé place à un voile silencieux et impénétrable qui noyait le paysage dans l’obscurité. Elle s’avança sur le chemin de graviers qui rejoignait le trottoir devant la maison. Ceux-ci, se tassant et roulant sous ses pieds, occupèrent toute son attention.

Elle trouvait curieux de ne l’avoir jamais conscientisé. Le son de ses pas résonnait maintenant dans les rues désertes. Elle frissonnait sous son manteau trop léger que pour la protéger du froid de cette nuit. On pouvait, à la lueur des lampadaires, observer chacune de ses expirations. Pour autant, elle ne cherchait pas à rentrer plus vite. Elle s’écoutait marcher. Elle entendait sa robe frotter contre son manteau, ses cheveux voler contre ses oreilles gelées.

Chez elle aussi, il y avait des graviers, avant les marches menant à la porte de la maison de son père. Ils ne sonnaient pas de la même manière, remarqua-t-elle, arrivée devant la porte de la maison. Elle sorti la clé de sa poche, et l’entra dans la serrure. Après avoir satisfait le barillet en tournant la clé deux fois, elle ouvrit la porte, doucement. Elle rentrait toujours chez son père à pas de loup. Elle avait gardé cette habitude comme on s’attache à un vieux rêve.

6 lignes – Jour 58

amorcepour6lignes:

Une émotion étrange le saisit.

Une émotion étrange le saisit. A force de sortir le cou découvert,
conséquence d’un appartement “mal organisé, pour ne pas dénoncer son
manque flagrant d’aspiration pour l’ordre, il avait une fois de plus
oublié son écharpe. Sans doute put-elle être devant la salle de bain,
l’eut-il jeté là avant de tomber sa fatigue sous le pommeau de douche.
Il claquait presque des dents quand Elsa arriva. Le voyant ainsi frémir,
elle lui proposa de partager un chocolat chaud.

Une émotion étrange le saisit. Ni dans le sang de ses veines, ni dans l’air au fond de ses poumons, il ne pouvait en trouver l’origine. Bien plus subtile. Bien plus légère, comme une parole attentionnée, comme la caresse du vent chaud en été, comme une nuit dans les bras d’un être aimé. Et à la fois saisissante à la manière de l’obscurité pour un enfant. Enfant qu’il était à nouveau face à ce phénomène insolite. Elsa lui demanda à nouveau. “T’es sur, pour le chocolat ?”

6 lignes – Jour 55

amorcepour6lignes:

Ca ne marchera pas.

Ça ne marchera pas. J’ai cessé de prendre soin de moi et le temps m’arrache l’opportunité de faire de mon mieux. Je nourris une pression qui m’avale lentement mais sûrement perdant ainsi le goût d’affirmer quelque résolution. La digestion intégrale de mon être par un mental grillé sur la braise finira par faire de moi un jeune homme lunatique d’une stabilité profondément inconstante. J’ai peur de perdre mon éclat, morceau de miroir coloré d’une âme incomplète.

Il me tarde de voir la neige tomber en épais flocons sur les champs épars de mon système nerveux véritablement épuisé. Je trouverai, avec les dames blanches, un endroit calme pour dialoguer et compromettre cet effort aride d’adulte incompétent et passionné de médiocrité. Sous leurs manteaux, je reprogrammerai les battements de mon cœur pour forger d’un feu sacré la lame d’une volonté précédemment égarée. Le temps de se perdre est révolu.

6 lignes – Jour 52

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Le temps était passé.

Le temps était passé. Elle ne souhaitait plus s’asseoir, ni attendre. Elle quitta la bibliothèque et retrouva le dehors. Les arbres aux feuilles tombées l’inspirait bien plus que les livres aux feuilles ordonnées. Ces pages par centaines, tournées, retournées, lui donnait la nausée. Jour après jour, pourtant, elle s’y confrontait, replongeant dans son travail. Elle étudiait l’évolution du caractère, des
réactions inappropriées aux
paroles irréfléchies qu’on regrette rapidement.

Le temps était passé. Il était fatigué, et ne voulait pas s’asseoir. C’est son collègue de chambre qui l’avait incité à venir. Si vraiment au bout d’une vingtaine de minutes il n’y trouvait pas son compte, Martin lui avait promit qu’ils  se trouveraient un banc dans le parc à coté. Même si en cette période, le froid brûlait presque toutes les gorges, Romain préférait cela, de loin, à la froideur du savoir compilé en masses abstraites que formait pour lui cette bibliothèque.

Le temps était passé. Et pour Romain, et pour Pauline, le chant du vent avait bien plus de caractère que le nuancier en tond de gris des murs du vieux bâtis qu’ils venaient de quitter. Si l’un voyait dans cette échappée un air de liberté, l’autre savait qu’il n’y mettrait plus les pieds considérant l’utilité plus qu’absurde que pourrait avoir pour lui ces sinistres rayonnages. Jamais il ne consulterait L’Histoire de Belgique ou Morale catholique et questions sociales d’aujourd’hui.

Le temps était passé. Et Maurice était assis, comme chaque jour, sur le banc juste en face de la bibliothèque universitaire. Il regardait le monde avancer comme un train quitte la gare, à heure fixe, ou presque. Il avait toujours avec lui un journal qu’il ne lisait pas. C’était juste pour se donner bonne conscience, avoir l’impression de savoir ce qu’il se passait un peu plus loin de chez lui. Ce qui l’animait vraiment, c’était les gens. Les gens du parc tout particulièrement.

Le temps était passé. Le banc devant la bibliothèque universitaire était particulièrement convoité. Entre le vieux Maurice qui s’y asseyait chaque jour depuis vingt ans, Romain et Martin qui cherchaient l’inspiration pour une histoire et Pauline qui songeait à sa thèse, il n’était pas déraisonnable de se demander comment en un si court instant, cet endroit avait laissé place à un rassemblement si massif qu’il était désormais nécessaire de négocier sa place.

6 lignes – Jour 50

amorcepour6lignes:

Il savait la partie perdue.

Il savait la partie perdue. Il ne prenait plus soin de lui, ni de corps, ni d’esprit. Son être qu’il traînait péniblement n’était plus muni du sourire qui lui donnait sa couleur évidente. Cette vivacité avait laissé doucement place à une absence molle le transformant en un type d’humain qu’il fuyait à tout prix. Si sa boussole interne ne réagissait pas incessamment sous peu, il perdrait définitivement le contrôle de sa vie. C’est en sautant du quai, qu’il pris une nouvelle trajectoire.