Sous un ciel ombragé du mois de juillet, je m’avance, le ventre grondant comme l’orage qui ne devrait tarder à éclater. C’est une fleur qu’on m’a fait. Je devrait être mort à l’heure qu’il est. Sans en dire plus, les deux gros bras qui m’avaient jeté là étaient remontés aussitôt dans leur automobile et avaient démarré peu après.
Autour de moi, des arbres qui n’en finissent pas d’en cacher d’autres. Seule une route de gravier dénote sur le vert effrayant de cette forêt à perte de vue.
J’ai faim ! Je n’ai pas eu le temps de dejeuner ce matin. Je meurs de faim !
Seul le silence des kilomètres de distance qui me sépare très certainement de toute forme de société civilisée fait écho aux explosions sonores en provenance de mon estomac.
Ils auraient pu me laisser une miche de pain ces enfants de fripouille ! En choisissant de suivre la route dans la direction opposée à celle de mes ravisseurs, j’expérimentais à nouveau la joie d’exercer mon pouvoir de parole sans qu’il soit réprimé par la peur de prendre un coup.
Oh et qu’ils aillent au diable. Tous ces hommes en costume noir, sous leur petit chapeau de brigand mal déguisé. S’ils pensent qu’ils vont s’en tirer en s’accrochant à leur malette de coup fourré et autres astuces de roublards irrécupérables. Ah si je les recroise, ils verront de quel bois je me chauffe. J’avais trouvé dans la faim qui me rongeait un courage intrépide le temps de vider la frustration, fruit de mon impuissance face à la situation.

La vue d’un imposant mûrier coupa court à ma soif de vengeance de pétochard honteux. Le festin qui s’étalait généreusement devant moi me fit oublier tout le reste. La faim, la peur, la colère. Je n’avais plus qu’une envie. Dormir.

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