Et si ?

La maison est vide et sens l’humidité. La pluie balaie les tuiles sans répit depuis que la nuit est tombée. Sur son lit, Armelo se dégourdit les doigts sur une guitare dont il dompte les cordes au rythme de ses découvertes. Il connaît bien quelques accords, mais pour le reste, il avance à l’oreille.

Sa tête est prise et jouer de cet instrument l’aide à la vider. Ou du moins la calmer pendant un temps. Il ne cesse que quand ses doigts usés n’ont plus la force de caresser les cordes.
Alors il reprends conscience du lieu. La maison est vide et sens l’humidité. Son visage lui fait mal. En haut du nez et autour des tempes et en bas dans le ventre. Ses oreilles sifflent. Il digère sa vie petit à petit et il y a du travaille.

Il dépose la guitare. Même si la fatigue l’exhorte de s’arrêter, de se reposer, son esprit, lui, vagabonde, de scène en scène et de pièce en pièce.
“Et si, et si, et si…” Sans arrêt ni répit. Il a les pieds dans l’eau au bord de d’une plage, et chaque pensée le frappe comme les vagues qui vont et viennent l’emportant toujours plus loin vers les rochers tranchant de la falaise la plus proche. Il sait qu’il ne peut gagner contre l’océan et cette impuissance le révolte. Il aimerait pouvoir être comme la plage qui accueille la vague, quelle qu’elle soit. Haute, profonde, rapide ou lente mais pour l’instant il a plus de point commun avec les rochers tranchants qui contre la falaise se font façonner par l’océan sans pouvoir choisir leur forme.

Il est temps de se changer les idées. Alors, il sort au marché. Un lieu de vie pour retrouver la sienne.
Mais tout va vite, tout est fouillis, tout est grouillant.
D’un coté les passants qui ne lui prête aucune attention. D’un autre ceux qui montent la garde, il n’est pas question de perdre sa place dans la file. Et en face, les marchands qui vendent tout ce qu’il est possible d’entendre.
Son ventre se sert, ses épaules se crispent, son corps se recroqueville sur lui même. “Venez chercher vos pommerocs tout droit descendues de Talenbrume !” Il faut qu’il s’échappe, vite, avant de se pétrifier.
Ses jambes sont lourdes. Un pas après l’autre, péniblement, il avance.
“Ils sont pas beaux mes miellés de Val Tereigne ?”
Armelo ferme les yeux “Il a pas l’air bien” heurte des corps “Regarde où tu marches !” trébuche et tombe “Cinq pièces, vous êtes fou ?” Son cœur est attrapé par un corps inconnu. Le sien ne répond plus. Il est entraîné malgré lui.

Quand il ouvre enfin les yeux. Il est sur la falaise, face à l’océan, seul.
L’horizon à bordé le soleil, la nuit va tomber à nouveau. Il est temps de rentrer. De dormir.
Il sait que la bataille sera longue.

S’il arrive à s’endormir alors il rêve. Il rêve d’être loin, parfois seul, parfois accompagné. Ça fini toujours mal. On le chasse, on le poursuit. Il ne sait pas qui ou pourquoi. Mais ils sont toujours là pour lui et ceux qui l’entoure.

Le jour, il travaille dans sa maison humide. Il refait les murs et les plafonds. Ils en ont besoin après toute cette vie passée à les laisser se décomposer. On voit presque à travers. Il surprenant que les rats ne lui aient pas encore rendu visite.

Il rêve de partir. De quitter cet endroit qui l’a presque vu naître. Cette maison qui sent l’humidité. Mais il a peur. Il a peur du dehors. Il a peur du bruit. Peur de se perdre.
Peur des autres. De ceux qui ne peuvent pas ou ne veulent plus faire autrement que comme ils ont appris. Comme lui finalement.
Coincé entre lui et lui, son âme s’effondre un peu plus chaque jour. Il n’a d’attente que celle de ne plus se réveiller.
S’il faut abandonner ses désirs pour être en paix et heureux à quoi bon ?
D’ailleurs, en parlant de désir, il n’en a plus.
Il n’a plus faim. Il n’a plus soif. Il n’a plus envie de sortir. Il. Il. Il
Il n’a plus envie de Il.
Qui est Il.
Armelo.
Armelo se demande.
Sans quitter la lune des yeux “Qui suis-je ?”
A chaque fois qu’il ferme les yeux “Qui suis-je ?”

Pas plus de réponse aujourd’hui qu’hier. Il pleut encore, si pas plus. Il est fatigué mais ne trouve pas le sommeil. Les tuiles sont jouées par la pluie comme il joue de sa guitare, ça sent l’humidité. Son esprit ne lui laisse aucun répit. Il ne cesse de lui répéter : “Et si, et si, et si ?”

“Et si tu commençais par me laisser dormir sombre imbécile ?”

Et si ?

A quelle hauteur puis-je voler ? Combien de fois serai-je lu. J’ai peur de savoir et surtout peur de demander.

La maison est vide et sens l’humidité. La pluie balaie les tuiles sans répit depuis que la nuit est tombée. Sur son lit, Armelo se dégourdit les doigts sur une guitare dont il dompte les cordes au rythme de ses découvertes. Il connaît bien quelques accords, mais pour le reste, il avance à l’oreille.

Sa tête est prise et jouer de cet instrument l’aide à la vider. Ou du moins la calmer pendant un…

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6 lignes – Jour 39

amorcepour6lignes:

Maintenant je vis sans toi.

Maintenant je vis sans toi. J’ai réaménagé le salon. Je l’ai séparé en deux espaces distincts à l’aide d’une paroi de bibliothèque. D’un coté, j’ai surélevé le sol pour y mettre des tapis et des coussins autour d’une table basse. Ça donne un style asiatique qui conforte chez moi l’idée de proximité avec mes invités. Même si,
honnêtement

, tu sais  que je n’inviterai personne. J’ai conscience que cet échappatoire dissimulant ton absence ne sera que de courte durée.